Un jour aux couleurs de cendres

18 02 2010

Lisa a souhaité partager avec vous cette petite histoire qu’elle a écrite, un soir, alors que nous étions avec les Guerriers de l’arc-en-ciel.

 

Un jour aux couleurs de cendres.

 

Lorsqu’elle s’éveilla au monde, elle eut l’impression de n’être pas encore née, tant tout autour d’elle était uniforme, d’un noir aussi profond qu’une nuit sans Lune. Plus possible de faire demi-tour, sous elle, elle sentait une force l’enraciner de plus en plus profondément dans la terre. En elle, irresistible, grandissait l’envie de s’élever toujours plus haut, vers quelque chose qui faisait vibrer chaque cellule de son corps. Impalpable, invisible et pourtant bel et bien là.

Elle se croyait seule, pas un signe de vie, pas un mouvement autour d’elle.

Pourtant, dans ce noir aussi profond qu’une nuit sans Lune,

Elle Était.

Dans ce noir aussi profond qu’une nuit sans Lune, elle était sa propre réalité, figée dans l’espace.

Parfois, elle se regardait, s’inspectant centimètre par centimètre. Elle sentait bien qu’elle était différente de ce néant qui l’entourait.

Après tout: elle était et elle pensait. Elle était car elle pensait.

………..

 

Un beau jour, ou peut-être une nuit, elle sentit soudain un malaise étrange l’envahir. Un goût amer se répandit dans tout son être. Pour la première fois, elle se sentit ridiculement petite, ridicule et petite. D’où ce sentiment provenait-il?

En baissant le regard, elle se rendit compte que là, sous elle et partout autour, des petites particules de cendres lui lançaient un regard noir, aussi noir qu’une nuit sans Lune.

Cette noirceur enveloppait tout.

Intimidée par ces innombrables petits êtres, elle s’informa sur les raisons de cette hostilité.

Toutes en coeur, les petites particules se mirent à l’insulter.

-“Tu n’es pas comme nous, tu n’as rien à faire ici! T’es-tu seulement regardée? Tu es BLEUE! Quel affront!”

La petite créature se fit plus petite encore, elle sentit son coeur se flétrir.

Tentant de retrouver son centre, elle leva les yeux et à sa plus grande surprise, un bleu intense avait chassé la noirceur.

Elle s’informa sur cette nouvelle réalité et c’est alors qu’elle découvrit l’existence du Ciel. Elle était sans aucun doute une petite particule de ce chef d’oeuvre. Mais comment avait-elle atterri ici? Pourquoi? Pourquoi n’était-elle pas restée là-haut? Pourquoi avait-il fallu qu’elle descende sur Terre? À cela, pas de réponse.

Autour d’elle, pas le moindre signe d’amitié, pas la moindre chaleur.

Autour d’elle, les railleries continuaient à fuser.

Emplie d’une profonde tristesse, d’un air résigné, la petite créature se baissa, prit une petite poignée de noirceur et s’en recouvrit, centimètre par centimètre, jusqu’à ce qu’elle soit entièrement peinte d’un noir aussi profond qu’une nuit sans Lune.

Elle versa une larme.

Le Ciel s’assombrit.

Alors seulement, l’hostilité retomba, aussi vite qu’elle était apparue. Elle était des leurs, sans éclat. Ironiquement, en devenant aussi sombre qu’une ombre, elle avait cessé de leur faire ombrage.

Elle devint aigrie, ni gaie, ni grise.

Elle avait cessé de croire, elle avait cessé de croître.

Elle resta ainsi longtemps, figée entre le sommeil et l’éveil, ne pouvant s’abandonner entièrement ni à l’un ni à l’autre.

………..

 

Un beau jour, ou peut-être une nuit, quelque chose changea.

À l’endroit précis où une larme avait un jour dispersé les cendres, un petite pointe de couleur avait fait son apparition. Un petit éclat d’un vert tendre qui grandissait et s’affirmait de jour en jour.

Le cycle des railleries recommença et une petite voix, éteinte et sans joie, s’était jointe aux autres.

Envers et contre tous, l’éclat devint plus fort, un cercle parfait d’un jaune étincelant se forma et répandit autour de lui des petites vagues violettes.

Dans l’immensité d’une mer de cendres, une fleur était née et luttait de toutes ses forces contre le vent d’insultes qui cherchait à la déraciner.

Le même scénario se produisit, un goût amer, un sentiment de solitude, une tristesse semblable à un gouffre.

Au moment où la petite fleur violette se baissa pour ramasser une poignée de noirceur, un éclair traversa l’obscurité. Une goutte d’eau s’abattit bruyamment sur le sol, puis une autre et encore une autre.

Le Ciel abreuvait la Terre de ses larmes d’impuissance

trop longtemps refoulées.

………..

 

Lorsque la tempête cessa, le Ciel bleu et le Soleil révélèrent un tableau bien différent.

Nettoyées par la pluie, des milliers de fleurs de toutes les couleurs répandaient autour d’elles leur partie d’arc-en-ciel. Elles se regardaient, ébahies de se découvrir si nombreuses, exposant chacun de leurs pétales au Soleil en qui depuis toujours elles avaient cru.

………..

 

Chaque larme avait eu sa raison d’être,

 

Il suffisait d’écouter son coeur,

Et, quoi qu’il arrive, d’afficher ses couleurs!

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